La Belle Epoque : les casernes de vacances

Petits ramoneurs
De l’avis général, les enfants sont sales, bruyants, indisciplinés, et inclinés au mal.

En un mot, encombrants.

Pensionnat en 1900

Les enfants des riches ne posent pas de gros problèmes. On peut les oublier en pension, où ils ont tout loisir d’être malheureux comme des pierres.

Plus grands, ils développeront une grande variété de psychoses et feront la fortune d’une branche nouvelle de la médecine : la psychiatrie.

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Quant aux enfants des ouvriers, leur cas est plus difficile. Ils sont souffreteux et malingres, exposés à l’air malsain des villes.

Oisifs, ils peuvent avoir de mauvaises fréquentations, sombrer dans l’alcoolisme et le crime. Ces petits vauriens deviendront des apaches ou des anarchistes, terreur des bourgeois de la Belle Epoque.

Paris 1900 - le marché des enfants rouges

Certes, on peut abandonner les petits pauvres dans la rue, ou les revendre au marché des Enfants Rouges.

Mais le gaspillage est immoral et révolte le cœur des braves gens.

Colonie scolaire en 1900 - le rassemblement

Car l’enfant constitue une ressource qui peut être valorisée, moyennant un traitement adéquat.

La colonie de vacances apporte une solution éducative et sanitaire qui bénéficie naturellement à la société toute entière.

Colonie de vacances paroissiale en 1900
Qu’elle soit d’initiative laïque ou religieuse, la colonie de vacances est pratiquement gratuite pour les familles. Son coût est financé par la caisse des écoles, la municipalité, ou la charité publique.
Colonie scolaire en 1900 - pesage et mensuration

A l’arrivée, après tonsure et épouillage (une heure de queue), l’usage est de mesurer et de peser les petits colons (une autre heure de queue), puis de recommencer à la fin du séjour six ou huit semaines plus tard (et une autre heure de queue).

Les médecins évaluent ainsi scientifiquement le progrès dû au séjour à la campagne.

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On nourrit les enfants de viande grasse, de beurre et de lait frais. Dans leur innocence, les pauvres mômes ne se méfient pas plus que les canards qu’on engraisse au maïs.

Colonie de vacances scolaire en 1900 - distribution du lait
A l’époque il n’y a pas de moniteurs. La cheville ouvrière des colos d’avant-guerre est le surveillant, ancien séminariste ou militaire à la retraite.
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On lui confie une quarantaine de mouflets, son rôle est de faire régner l’ordre et la discipline. Pour faciliter sa tâche il répartit son effectif en quatre ou cinq escouades.
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Il en délègue la responsabilité à autant de chefs d’équipe, petits adjudants morveux et pleins de zèle, prompts à la brimade et à la délation.
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Pour le surveillant, il existe (et il n’existe que) deux types d’activités : celles qui sont interdites, et celles qui sont obligatoires.

Et chaque chose à son heure, et chaque heure a sa chose.

Le jeu aussi est obligatoire et prévu dans l’emploi du temps, tout comme la sieste, le balayage des dortoirs et l’épluchage des pommes de terre.

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Non, il ne danse pas la Lambada, le surveillant.

Mais il ne néglige pas la gymnastique pour autant : il faut que les enfants soient en pleine forme

Comment occuper utilement les longues journées d’été ?

C’est simple, les filles brodent au point de croix pendant que les garçons jouent à la guerre.

Colonie scolaire en 1900 - jeux de guerre

En vérité, quel meilleur usage pourrait-on faire des petits pauvres que de les sacrifier à une noble cause : prendre notre revanche sur l’Allemagne prussienne ?

Colonie scolaire en 1900 - défilé au pas
C’est donc avec la bonne conscience du patriote accompli que le surveillant impose aux garçons une discipline rigoureuse destinée tant à prévenir leurs débordements, qu’à les dresser pour en faire de braves petits soldats.

Et en cas de survie subséquente, des citoyens sobres et respectueux des lois.

Colonie scolaire en 1900 - marche au pas

D’ailleurs les enfants n’ont rien contre, ils s’amusent beaucoup à défiler au pas, en uniforme et au son du tambour…

Mais le 3 août 1914 on arrête de jouer, c’est la der de der.

Je jure de reprendre l’Alsace et la Lorraine.

Propagande nationaliste 14-18 - Enfant soldat

Et heu… La Belgique.

C’est la grande, la vraie, la dernière :

DIAPORAMA

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