1969 – (dé)Libération sexuelle

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Il y a un nouveau Centre Nautique des Fauvettes à Noirmoutier, comme en Corse. Et il n’y pas plus de pont avec le continent.

Il faut traverser à la nage ou emprunter le passage du Gois, une route inondable qui n’ouvre que quelques heures à marée basse.

En juillet sous un ciel de plomb, la file interminable des caravanes n’est pas très encourageante.

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Quand nous débarquons enfin au camp des Fauvettes, je suis passablement déçu. Le centre n’est équipé que de lourds voiliers d’initiation, caravelles ou vauriens.

Nous sommes peu nombreux : une quarantaine de pré-ados de 12 à 14 ans, et une vingtaine d’adolescents, très majoritairement des garçons.

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Face à l’atlantique, sous la protection illusoire du mince cordon de dunes, se trouvent nos grandes tentes marabout bleues, et quelques bâtiments en dur pour le réfectoire, les toilettes et la voilerie.

Demain matin il n’en restera plus grand-chose.

Weekend d’intégration en Vendée : trente morts…

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Pendant le dîner, le soleil disparaît en un clin d’œil sous les nuées d’orage. Le vent se lève et siffle hystériquement dans les haubans. Impossible de dormir, les rafales s’engouffrent à l’intérieur des tentes, battent les tapis de sol et font claquer la toile contre les armatures.

A onze heures du soir l’ouragan se jette sur nous avec des trombes d’eau. le vent souffle à cent-dix kilomètres/heure, avec de belles pointes à cent-quarante !

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Le camp se transforme en pandémonium, et nos tentes n’ont plus qu’une idée en tête : s’envoyer en l’air. Les grands ados montent sur la toile pour la retenir. Ils sont secoués comme des pruniers, mais ils tiennent bon.

Je les abandonne et je vais aider les filles un peu plus loin. Les monitrices ont l’air paniquées, l’armature de leur tente s’est affaissée. Nous nous asseyons tous sur la toile pour une partie de rodéo d’enfer !

Puis une paroi se découd, le vent s’engouffre sous la toile et nous éjecte sur le sable. De guerre lasse nous abandonnons la tente à son sort, elle s’envole à tire d’aile sur le coup de minuit…

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A une heure du matin, la tempête perd en intensité. Nous grimpons sur la dune, le visage criblé de sable et d’embruns, pour contempler la mer déchaînée. Les lames s’écrasent sur la plage avec un bruit de tonnerre, mieux vaut ne pas s’approcher.

Je joue au planeur avec les pré-ados : en étendant les bras et en s’inclinant à 45 degrés, le vent supporte aisément notre poids.

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Le lendemain la mer est encore très forte, mais le vent est revenu à de meilleurs sentiments. Trop tard cependant pour le camp de toile entièrement dévasté. Le sable et l’eau salée ont trouvé leur chemin jusqu’au fond de nos sacs à dos.

Deux tentes sont détruites, le toit du réfectoire a disparu et tous les bateaux sont endommagés. En combinant les espars des uns avec la coque des autres, on remettra en service cinq ou six voiliers qui distrairont les pré-ados pour le restant du séjour.

Enfin il n’y a plus d’électricité, ni bien sûr de téléphone.

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Maintenant, il faut savoir apprécier le bon côté des choses.

Représentez-vous un camp de vacances à moitié détruit, sur une île qui communique avec le continent par un seul chemin praticable quatre heures par jour. Le directeur et les moniteurs sont occupés à plein temps pour gérer ce cauchemar logistique, on ne les verra pratiquement plus pendant une quinzaine de jours.

Pour les plus grands, c‘est la liberté totale…

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Quelles sont les activités sportives et culturelles des grands ados livrés à eux-mêmes ?

Les plus courageux se lèvent à dix heures, les autres à quatorze quand la faim les pousse hors du lit. Nous traînons sur la plage, par petits groupes. Après dîner nous partons au bourg de l’Epine pour squatter les chaises du café, et boire ou fumer jusqu’à la fermeture.

Mais la nuit n’est pas terminée, vers quatre heures du matin nous rendons visite au boulanger. Le malheureux est venu de Paris pour la saison, il travaille dur pour confectionner des montagnes de croissants et de pains au chocolat.

Tout ce qu’il rate, nous le mangeons encore chaud pour éviter le gaspillage. Ensuite nous irons dormir, ou prendre un bain de nuit au mépris du risque d’hydrocution.

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Depuis que j’ai aidé les filles pendant la tempête, je suis très populaire chez les préadolescentes. Mes camarades prétendent charitablement que je drague à la sortie des maternelles, mais ce sont de gros jaloux.

Cela dit, on manque gravement de filles de notre âge au centre nautique.

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Les vacanciers sont revenus avec enthousiasme pour le 14 juillet, comme une avalanche de lemmings se précipitant dans un fjörd norvégien.

Nous partirons donc explorer les campings des environs, mais la gent féminine y est solidement gardée. Pour une raison inconnue, les parents souffrent d’une forme aiguë d’allergie aux jeunes gens à cheveux longs et mal peignés.

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Nos peignes ayant probablement disparu pendant la tempête, nous n’avons plus d’autre solution que de draguer sur les plages.

Quoique, à la réflexion, il reste encore les monitrices… Avant elles me paraissait vieilles, mais depuis quelques années, je n’en suis plus si sûr.

Il faut vous dire qu’en 1969, l’heure a sonné de la libération sexuelle. Et des coups de soleil en d’improbables endroits.

Cette fille marche sur la plage de la Martinière, avec quelques amies de son âge. Elle affiche ses jolis seins blancs avec impertinence.

Elle défie les hommes du regard : quelques-uns matent du coin de l’œil, mais pour la plupart ils se plongent modestement dans la contemplation de leurs espadrilles.

Ce petit manège amuse prodigieusement les copines !

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Je suis bien trop timide pour oser aborder une fille de vingt ans, mais celle-là me plaît. Quand elle passe devant moi je la regarde dans les yeux (je le jure), et je lui souris gentiment.

J’ai tout faux ! Dès que nos regards se croisent elle rougit jusqu’à la racine des cheveux et presse le pas.

Pourtant je ne voulais pas te faire honte, ma belle. En général les filles me rendent volontiers ce sourire…

Le spectacle était peut-être interdit aux moins de 21 ans ?

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Maryse, la monitrice qui s’invite à mes côtés dans le car du retour, ne se laisse pas influencer par ces histoires de majorité civile. Elle a l’air sérieuse Maryse, avec ses cheveux courts et ses lunettes d’intellectuelle.

Cela ne l’empêche pas de tirer sur le col de son T-shirt pour montrer qu’elle n’a pas de marques de maillot. Ensuite elle entreprend de me conter par le menu ses vacances naturistes sur les plages de Thaïlande.

Elle voyage de concert avec ses amis, joyeux étudiants de la Faculté de Médecine et experts en photographie anatomique… Maryse conserve dans son studio à Paris un lot de diapositives où l’on peut admirer son bronzage intégral en Kodachrome.

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De fil en aiguille (si j’ose dire) elle me révèle sa passion pour la sculpture sur bois : elle collectionne les godemichets en bois exotique, polis avec soin par un ami prothésiste.

Entre amateurs d’art, elle est toute disposée à me dévoiler sa précieuse collection. De là à proposer une démonstration, il n’y a qu’un pas qu’elle s’apprête à franchir hardiment.

Cette version toute féminine du coup des estampes japonaises me laisse estomaqué. Elle est mignonne Maryse, mais c’est la première fois qu’elle m’adresse la parole !

Notre long conciliabule a éveillé la jalousie d’Isabelle, une de mes petites admiratrices. Depuis que nous avons dansé un slow au centre nautique (Nights in White Satin), elle surveille étroitement mes fréquentations.

Pendant la pause goûter au bord de la route, Isabelle vient me tirer par le bras au prétexte de changer la pellicule de son appareil photo. Sur un vieux boitier à rouleaux, c’est une opération délicate.

Je saisis l’occasion pour m’éclipser lâchement…

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A propos Maryse, je m’en veux beaucoup d’avoir manqué ta soirée diapos, la seule réellement intéressante que l’on m’ait jamais proposée.

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Grâce à toi j’aurais quand-même appris quelque-chose : la libération sexuelle, c’est très excitant.

Mais sans amour ni tendresse, ce sera sans moi.

Il paraît que la véritable origine de la libération sexuelle, c’est la pilule en vente libre depuis 1967. Mais alors comment on faisait avant ?

Avant il y avait le Baby-Booomm.

Si vous préférez réviser vos Sixties.

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