1965 – From Corsica, with Love

Marseille - La Joliette années 60

Le soleil décline sur le long bassin de la Joliette à Marseille.

Ferry "Le Napoléon"

Nous partons de nouveau pour la Corse sur « le Napoléon », blanc navire de la Compagnie Générale Transatlantique (Transatlantique, rien de moinsse !)

Je reviens à Porto-Vecchio, mais maintenant j’ai douze ans. Les plus âgés n’en ont que treize, je ne suis donc plus tout à fait quantité négligeable.

Ajaccio - Le Napoléon à quai années 60

Comme l’année dernière mes petits camarades viennent du Sud, et plus précisément de la côte d’Azur.

Nous ne serons que deux parisiens à la Trinité de Porto-Vecchio.

 

Mais pas d’inquiétude, je suis rompu à l’accent de la Canebière.

Ajaccio - Cours Napoléon années 60

Quand nous montons dans l’autocar stationné sur le cours Napoléon, je revois cette jeune fille blonde aperçue pendant la traversée.

Ses yeux croisent les miens.

Maintenant je suis assis trois rangées derrière elle. Elle a un maintien à la fois gracieux et sage.

Ses yeux…

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« Quoi ? Mais qu’est-ce que t’as à me bousculer toi ? »

« Je vois bien qu’on est arrivé. Je suis pas sourd ! »

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« Ça va, je descend, on est pas aux pièces mon vieux. »

Porto-Vecchio - Plage de Palombaggia années 60

A la Trinité de Porto-Vecchio, il y a toujours la plage (elle n’a pas bougé depuis l’année dernière).

Cette année, nous restons trois semaines au bord de la mer, puis une seule à la montagne.

Porto Vecchio - Jeu au camp d'ados années 60

Nous n’avons pas besoin de grand-chose pour nous occuper,

Une balle, des jeux organisés par les moniteurs.

Bonifacio - Quai du port de pêche - années 60

Et peut-être quelques excursions en autocar, dont je ne me souviens plus…

Sartène - années 60

La Corse est si belle.

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Mais alors en ce qui me concerne,
on pourrait aussi bien être à Charleville-Mézières.

Depuis le début du séjour, je suis amoureux.

Dire « tombé » serait inexact,

Je flotte à quatre-vingt centimètres du sol…

Peter Max - Traveller in Light

Bien sûr je ne suis pas le seul à trouver mon premier amour en colonie de vacances.

Si les adolescents des années 60 ne sont pas plus précoces que ceux d’aujourd’hui, cela ne les empêche nullement de chercher avec ardeur la compagnie de l’autre sexe.

Rien à voir avec les swinging sixties, dont nous n’avons pas conscience. Avant 16 ans il n’est pas question d’autre chose que de danser un slow, de se tenir par les épaules,

Et pour les plus aventureux, d’échanger quelques bisous.

Mais comme dit le proverbe chinois, sur le quai du vieux port il y a beaucoup de vent, tard…

Colonie de vacances - Jeunes filles et piscine années 60

Tout comme les garçons, ces demoiselles d’âge tendre sont en compétition entre elles. Elles n’ignorent ni les manœuvres de séduction, ni les affres de la jalousie.

Pourtant en colonie de vacances le (ou la) petit(e) ami(e) n’est le plus souvent qu’un trophée, que l’on exhibera fièrement en promenade, ou lors de la soirée de boum.

Véronique et moi, c’est autre chose.

C’est secret.

Véronique a peut-être treize ans, soit quelques mois de plus que moi.

Je ne chanterai pas sa beauté, sept cent mille poètes l’ont fait avant moi.
Sachez simplement qu’elle vient du vif amour que je lui porte,

Et non l‘inverse.

Mais les vraies amours sont toujours contrariées.

L’étiquette s’oppose à ce qu’un petit baron de mon rang  (sept ou huitième) fréquente la plus jolie fille du groupe, par principe chasse gardée des garçons plus âgés.

D’ailleurs Véronique est officiellement « mariée » au plus grand d’entre nous, Eric.
C’est un beau et gentil garçon Eric, et c’est aussi notre chef incontesté.

Mais ils n’éprouvent rien l’un pour l’autre, qu’une aimable indifférence. Suis-je le seul à m’en apercevoir ?

Pourtant tout faux pas de ma part aurait de lourdes conséquences, nullement diplomatiques.

Je marche sur des œufs…

Véronique aussi est d’une prudence de louve, je crois qu’elle ne veut pas me mettre en danger.

Quand personne ne nous observe,
elle me parle avec les yeux.

Elle me fait cadeau de son sourire, et alors …

Supernova

J’explose en silence.

Je fonds en chaleur et en lumière.

Porto-Vecchio - années 60

Le séjour est passé comme un songe.

Je me résigne à quitter Véronique sans avoir eu l’occasion de lui parler.

Ajaccio - années 60

En compagnie de mes sympathiques,

mais collants petits camarades,
nous reprenons le ferry vers Marseille.

Cette fois, la traversée se fait de jour.

Ajaccio - années 60

Marseille - années 60

Les parents récupèrent les enfants au point de rendez-vous. Les plus petits écrasent une larme.

La colonie est finie, c’est triste, mais…

Gare St Charles - années 60

Qui attend le train supplémentaire du soir, sur le quai de la gare Saint Charles ?

Un gentil moniteur, qui compte pour des prunes, et puis les deux parisiens du séjour.

Véronique et moi !

SNCF 2D2 - années 60

Le moniteur nous recommande instamment de ne pas bouger du compartiment.
Dès que le train a quitté la gare, il tombe de sommeil, affalé sur la banquette.

Nous sortons discrètement, pour ne pas déranger…

Another dimension entirely

J’aime les longs trains de nuit filant à travers la campagne.

ENVOI
Je te l’avouerai, Princesse,
Mais tu le savais déjà.
Cet été de mes douze ans, sur la plage,
Je n’ai pas regardé que tes yeux.
De la courbe de tes petits seins,
J’étais bien conscient.
Pourtant quand tu m’as pris la main,
De toute la nuit je n’ai vu
Que ta Lumière.
DIAPORAMA

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